Il y a un chiffre, dans le bilan 2025 de la police genevoise, qui raconte à lui seul un déplacement complet. Les cambriolages de caves d’immeubles ont augmenté de 65 %, à 668 cas. Dans le même temps, ceux qui visent les villas reculent, et l’explication officielle tient en une phrase : les villas sont désormais mieux protégées.
Autrement dit, les maisons se sont équipées. Les cambrioleurs, eux, sont descendus d’un étage.
L’actualité romande des dernières semaines confirme le mouvement, cette fois du côté des garages. En Valais, entre le 29 septembre et le 1er octobre, neuf personnes de 15 à 22 ans ont été interpellées en flagrant délit après trois effractions dans deux garages et une carrosserie. À Fribourg, un jeune homme de 18 ans a été arrêté début octobre, soupçonné de huit cambriolages dans trois cantons, visant des locaux administratifs, des garages et des parkings.
Le point commun de toutes ces affaires : aucune ne concerne une porte d’entrée.
Pourquoi un sous-sol est une cible plus confortable qu’un appartement
Un cambrioleur d’occasion applique la loi du moindre effort. De ce point de vue, une cave d’immeuble coche toutes les cases, et c’est assez rationnel pour mériter d’être expliqué.
Il n’y a personne. Un appartement peut être occupé à toute heure. Un sous-sol, presque jamais. Le risque de tomber sur un habitant y est faible, et quelqu’un qui descend avec un sac ne surprend personne.
La porte n’est pas une vraie porte. Un appartement est fermé par une porte palière avec un cylindre de sécurité. Une cave est souvent fermée par un panneau de bois, un grillage ou une latte, avec un cadenas que l’on sectionne au coupe-boulon en quelques secondes.
L’accès est déjà à moitié fait. Pour entrer dans un appartement il faut forcer. Pour entrer dans un sous-sol, il suffit souvent de suivre quelqu’un dans le hall, de passer par la porte du parking qui se referme lentement, ou par le local poubelles.
Personne ne s’en aperçoit tout de suite. C’est le point décisif. Un appartement cambriolé se découvre le soir même. Une cave, on y descend une fois par mois. Les polices le relèvent régulièrement : ces vols sont commis sans témoin et constatés très tard, ce qui rend l’enquête difficile et le taux d’élucidation faible.
Personne ne se sent responsable. La cave est à vous, le couloir est commun, la porte du parking appartient à l’immeuble, et la serrure dépend de la régie. Chacun compte sur l’autre.
Ce qui se vole vraiment dans une cave
Il y a vingt ans, une cave contenait des cartons et une vieille commode. Aujourd’hui, elle contient régulièrement plus de valeur que le salon.
- Les vélos électriques, d’abord et de loin. Un vélo à assistance coûte entre 2500 et 6000 francs, il se revend immédiatement, et il sort du bâtiment par ses propres moyens.
- Les vélos de route et VTT haut de gamme, pour les mêmes raisons.
- L’outillage, en particulier les machines sans fil de marque, très liquides à la revente.
- Le matériel de sport saisonnier : skis, snowboards, matériel de randonnée, souvent stocké hors saison et donc absent pendant des mois.
- Le vin, qui ne se trace pas.
- Les pneus et les pièces, dans les parkings et les garages, ce qui explique les affaires valaisannes du début du mois.
Les méthodes suivent le butin. Les polices alémaniques décrivent des vagues de vols dans les locaux à vélos et les parkings souterrains, où les antivols sont sectionnés au coupe-boulon, parfois à la disqueuse. Un cadenas de supermarché ne joue plus aucun rôle dissuasif face à cet outillage.
Les six points faibles d’un sous-sol, et qui peut vraiment agir
C’est la particularité de ce sujet : une partie du problème ne vous appartient pas. Autant savoir d’emblée ce que vous pouvez corriger ce week-end et ce qui doit passer par la régie ou la copropriété.
| Le point faible | Qui peut le corriger |
|---|---|
| Cadenas et moraillon de la cave | Vous, le jour même : cadenas à anse courte et trempée, moraillon à vis non accessibles |
| Objets de valeur visibles à travers un grillage ou une latte | Vous : masquer la vue, ne jamais laisser un vélo visible depuis le couloir |
| Vélo laissé sans antivol parce qu'il est « déjà dans la cave » | Vous : antivol en U, ancré à un point fixe, même à l'intérieur |
| Porte du parking ou du hall qui se referme trop lentement | La régie : réglage du ferme-porte, c'est la demande la plus rentable à faire |
| Éclairage du sous-sol absent ou en panne | La régie : détection de mouvement dans les couloirs de caves |
| Cylindre du sous-sol jamais changé depuis des années | La régie ou la copropriété : question à poser à la prochaine assemblée |
Un conseil de méthode pour la partie qui dépend de la régie : écrivez, ne téléphonez pas. Un courriel daté qui signale une porte de parking qui ne se verrouille plus a une valeur très différente d’un appel oublié, à la fois pour obtenir l’intervention et, le cas échéant, pour la suite.
Pour tout ce qui concerne votre propre logement, nous avons détaillé les mesures qui ne demandent aucun investissement dans notre guide pour sécuriser son domicile.
Le piège de l’assurance, à vérifier avant d’en avoir besoin
C’est le moment où beaucoup de gens découvrent un décalage entre ce qu’ils croyaient et ce qui est écrit. Les conditions varient d’un assureur à l’autre, donc rien de ce qui suit ne remplace la lecture de votre police. Mais quatre questions valent la peine d’être posées maintenant plutôt qu’après.
Ma cave compte-t-elle comme mon domicile ? En général oui, lorsqu’elle est fermée à clé et qu’elle vous est attribuée. Un local commun, un local à vélos partagé ou une place de parking peuvent relever d’une autre rubrique, souvent moins favorable.
Mon vélo est-il couvert là où il était ? Un vol dans un local commun ou un parking est fréquemment traité comme un vol hors du domicile, qui demande une option spécifique dans le contrat ménage. Sans cette option, l’indemnisation peut être nulle.
Quel est le plafond ? C’est le point le plus coûteux. Un plafond fixé à 2000 francs face à un vélo électrique à 4500 francs laisse plus de la moitié de la valeur à votre charge.
Qu’est-ce qu’on me demandera de prouver ? Facture, numéro de cadre, photos, dépôt de plainte. Prenez cinq minutes aujourd’hui pour photographier le numéro de cadre de chaque vélo et ranger les factures dans un dossier. C’est la démarche la plus rentable de tout cet article, et elle est gratuite.
Si ça vient d’arriver
Quelques gestes, dans l’ordre, et deux erreurs classiques à éviter.
- Ne rangez rien, ne refermez rien. La scène, même dans un couloir de cave, peut porter des traces exploitables.
- Appelez la police et déposez plainte, même si le butin vous paraît modeste et l’espoir de retrouver l’objet faible. Sans plainte, il n’y a ni dossier d’assurance, ni signalement, ni statistique, et c’est précisément ce silence qui rend ces séries si confortables pour leurs auteurs.
- Prévenez immédiatement les autres habitants, par le groupe de l’immeuble ou un mot dans le hall. Les vols en sous-sol se font presque toujours en série, sur le même immeuble ou le même quartier, et souvent sur plusieurs jours.
- Signalez par écrit à la régie le jour même, en demandant la vérification des accès.
- Documentez : photos des dégâts, liste précise, numéros de série et de cadre.
Et si vous croisez quelqu’un d’inconnu qui transporte un vélo ou un sac dans les communs à une heure inhabituelle, le réflexe reste le 117, pas la confrontation. Nous avons détaillé ce qui mérite un appel et ce qui n’en mérite pas dans notre article sur le repérage avant cambriolage.
Le point mort : personne ne surveille un sous-sol
Résumons honnêtement la situation d’un habitant d’immeuble. Il ne peut pas poser d’alarme dans un espace commun, parce qu’il n’est pas chez lui. Il ne peut pas installer de caméra dans un couloir de caves, parce que cela filmerait ses voisins. Il ne peut pas demander à la régie une surveillance permanente, parce que personne ne la financera. Et pendant ce temps, l’endroit où il range son vélo électrique est le moins protégé de tout l’immeuble.
C’est exactement le vide dans lequel Edgward est utile, et il vaut la peine de dire précisément comment.
Un passage de contrôle, quand vous le décidez. Après une série dans le quartier, pendant une absence prolongée, ou simplement parce que la porte du parking reste ouverte depuis trois jours : un agent partenaire se déplace, vérifie les accès et les communs, et vous transmet un rapport. Rien à installer, ce qui est la seule option praticable quand on est locataire. Le déroulé complet est ici.
Un fil d’alertes gratuit à l’échelle du quartier. Ces vols fonctionnent par vagues géographiques, et un habitant prévenu descend fermer sa cave le soir même. Le module d’alertes de sécurité est 100% gratuit et sans engagement, et vous pouvez voir ce qui remonte près de chez vous sur notre carte des points chauds.
Une adresse, ou plusieurs. Un immeuble, un logement d’étudiant, l’appartement d’un parent : les adresses se gèrent depuis un seul compte.
Pour la situation chiffrée de votre canton, nos pages Genève et Lausanne sont tenues à jour, et le détail romand figure dans notre bilan des cambriolages 2025.
Une dernière remarque, qui vaut peut-être plus que tout le reste. Si les villas reculent pendant que les caves explosent, c’est la démonstration que la protection fonctionne : les cambrioleurs vont simplement là où elle n’existe pas encore. Le sous-sol est aujourd’hui le dernier endroit où personne n’a rien fait. C’est aussi, pour cette raison, celui où le moindre effort rapporte le plus.