Chaque automne, les polices romandes répètent le même avertissement, et il est rarement entendu comme il le mérite : entre septembre et mars, les cambriolages dans les logements augmentent. Pas à cause d’une saison plus criminelle, mais pour une raison beaucoup plus prosaïque. La nuit tombe désormais avant que la plupart des gens rentrent du travail.
C’est ce que la police cantonale valaisanne résume en une phrase : avec la tombée du jour alors que la majorité des gens travaillent encore, les habitations sont dans l’obscurité, et les cambrioleurs en profitent. Le phénomène porte un nom dans le jargon des polices, le « cambriolage du crépuscule », et il fait l’objet d’une campagne commune des cantons de Vaud, Genève, Neuchâtel, Fribourg, du Valais et du Tessin avec la Prévention Suisse de la Criminalité.
Ce qui est moins souvent raconté, c’est ce qui précède. Une maison cambriolée a très souvent été regardée avant. Le 3 septembre, la police cantonale vaudoise a d’ailleurs lancé un appel à la vigilance sur les repérages en vue de cambriolages dans la Vallée de Joux, en rappelant que ces cambriolages sont souvent le fait de groupes opportunistes qui sélectionnent les habitations selon leurs propres critères. C’est de cette phase-là que parle cet article : la seule où quelqu’un peut encore agir alors que rien n’est arrivé.
Pourquoi la saison redémarre maintenant
Le raisonnement du cambrioleur d’occasion est simple : il cherche un logement vide, et il a besoin de le savoir depuis la rue. En juillet, à 19 heures, il fait grand jour et une maison sans lumière ne prouve rien. En novembre à la même heure, l’information est gratuite : une façade noire, des volets ouverts, aucun mouvement, et la réponse est là.
La fenêtre à risque n’est donc pas la nuit profonde, contrairement à l’image qu’on s’en fait. C’est la fin d’après-midi et le début de soirée, entre le moment où il fait sombre et le moment où les habitants rentrent. Ce décalage s’ouvre en septembre, s’aggrave au passage à l’heure d’hiver fin octobre, et ne se referme qu’au printemps.
Cette bascule a une conséquence que beaucoup de propriétaires n’ont jamais formulée : les mesures pensées pour les vacances d’été ne protègent pas de ce risque-là. Personne ne programme de minuterie pour un mardi ordinaire, ni ne prévient un voisin pour une soirée au cinéma. C’est précisément ce qui rend ces quatre heures quotidiennes intéressantes pour un repéreur.
Le repérage, une phase peu spectaculaire
Il faut se débarrasser tout de suite de l’image du cambrioleur professionnel qui étudie sa cible pendant des semaines. La règle décrite par la Prévention Suisse de la Criminalité est celle du moindre effort : les auteurs cherchent les accès mal sécurisés, ils renoncent quand une porte ou une fenêtre leur résiste quelques minutes, et ils fuient dès qu’ils détectent une présence.
Le repérage sert donc à trier, pas à préparer un coup complexe. Les critères relevés par les polices et par la Prévention Suisse de la Criminalité sont accessibles à qui passe simplement dans la rue.
Autrement dit, la sélection se joue sur des éléments visibles en quelques secondes depuis un trottoir ou une voiture. C’est une mauvaise nouvelle, parce que cela se produit sans bruit. C’est aussi une bonne nouvelle, parce que ces mêmes critères peuvent se retourner presque sans budget.
Ce qui doit alerter dans une rue, et ce qui ne veut rien dire
Le voisinage attentif reste, de l’avis des polices comme de la Prévention Suisse de la Criminalité, l’un des obstacles les plus efficaces. Encore faut-il regarder les bonnes choses. Voici, d’un côté, ce qui mérite un signalement, et de l’autre ce qui alimente surtout les rumeurs de quartier.
| Ce qui mérite un appel au 117 | Ce qui ne prouve rien |
|---|---|
| Un véhicule stationné longuement, avec occupants, sans raison apparente dans une rue résidentielle | Un véhicule inconnu garé une heure : les visiteurs et les artisans existent |
| Quelqu'un qui photographie ou filme des entrées, des portails, des accès de garage | Un passant qui prend une photo du paysage ou d'une façade remarquable |
| Une personne qui sonne à plusieurs portes d'affilée sous un prétexte vague, puis repart en observant les maisons sans réponse | Un démarcheur identifiable, avec une entreprise et un motif vérifiables |
| Quelqu'un qui contourne une maison, teste une poignée, regarde par une fenêtre | Une marque ou un signe tracé près de votre porte |
| Un même visage ou un même véhicule revu plusieurs fois en quelques jours dans une rue calme | Un chien qui aboie, une lumière qui s'allume chez le voisin |
Un mot sur les fameuses marques sur les portes, qui reviennent tous les automnes sur les réseaux sociaux avec un tableau de symboles à décoder. Aucun code universel n’a jamais été validé par les polices, et une grande partie de ces traces sont de simples graffitis. Cela ne veut pas dire qu’il faut ignorer ce qui vous inquiète : les polices demandent précisément qu’on leur signale toute découverte suspecte pour qu’elles puissent la vérifier. Mais ne fondez pas votre sécurité sur une chasse aux symboles, elle détourne l’attention de signaux beaucoup plus fiables.
Repérer un repérage : quoi faire, et quoi ne pas faire
La consigne officielle de la campagne romande tient en une ligne : signaler tout comportement suspect au 117. Elle mérite quelques précisions pratiques, car c’est là que la plupart des gens hésitent.
N’hésitez pas sur la légitimité de l’appel. Le 117 est fait pour ça, y compris pour un doute qui se révèle infondé. Une patrouille qui passe et ne trouve rien n’est pas un échec : c’est le fonctionnement normal du dispositif.
Notez ce qui sert vraiment. Heure, rue, direction de départ, nombre de personnes, taille approximative, vêtements, et surtout le véhicule : marque, couleur, plaque même partielle, canton ou pays d’immatriculation. Une plaque incomplète reste exploitable.
N’intervenez pas vous-même. Ni confrontation, ni filature, ni photo prise au visage à un mètre. Vous perdriez l’avantage de l’observation discrète et vous prendriez un risque inutile.
Prévenez le voisin concerné si la maison observée n’est pas la vôtre. Un message suffit. C’est souvent ce qui déclenche la fermeture d’une fenêtre restée basculée depuis le matin.
Attention au prétexte de la visite à domicile. Le faux démarcheur, le faux releveur de compteur ou le faux agent qui sonne pour évaluer un logement est une variante connue. Nous avons décrit en détail ce registre dans notre article sur les faux policiers en Suisse romande : aucune autorité ne se présente chez vous pour récupérer des valeurs, et vous n’êtes jamais obligé d’ouvrir votre porte.
Ce qui change vraiment un logement entre 17h et 21h
La campagne romande tient en cinq conseils : fermer portes et fenêtres même lors d’absences courtes, ne pas exposer les objets de valeur, simuler une présence, informer les voisins lors d’absences prolongées, signaler tout comportement suspect au 117. Traduits dans le contexte précis des soirées d’automne, quelques gestes comptent plus que d’autres.
Simuler une présence, mais au bon moment. Une minuterie ou une prise programmable qui allume une lampe de séjour entre 17h et 21h, à intervalles irréguliers et dans plusieurs pièces, supprime exactement l’information que le repéreur est venu chercher. C’est la mesure la moins chère et la plus efficace de la saison.
Fermer à clé, même pour une heure. La loi du moindre effort se retourne ici en votre faveur. Une porte simplement claquée et une fenêtre basculée sont, pour un opportuniste, des accès ouverts.
Traiter le sous-sol comme une entrée. Fenêtres de cave, saut-de-loup et portes de garage sont des points d’entrée régulièrement cités, et régulièrement oubliés dans les vérifications du soir.
Supprimer les zones d’ombre. Un éclairage extérieur à détection de mouvement coûte peu et change la lecture de la façade depuis la rue.
Ne pas signaler ses absences en ligne. Une soirée ou un week-end annoncés publiquement sur les réseaux sociaux valent une boîte aux lettres qui déborde.
Nous détaillons l’ensemble des mesures, y compris celles qui ne demandent aucun investissement, dans notre guide pour sécuriser son domicile. Et pour le contexte chiffré de votre canton, notre bilan des cambriolages 2025 en Suisse romande donne le détail canton par canton.
Un sujet qui se joue à l’échelle du quartier
Le repérage a une caractéristique qui décide de tout : il est visible par les voisins, jamais par la victime. Une personne seule ne peut pas surveiller sa propre rue pendant qu’elle est au travail. Un quartier informé, si.
C’est la logique de la journée nationale de prévention contre les cambriolages, organisée chaque automne par les polices cantonales et municipales avec la Prévention Suisse de la Criminalité, autour du passage à l’heure d’hiver. Les communes romandes y relaient les mises en garde, parfois par courrier ou lors de matinées de sensibilisation. Si votre commune le fait, cette information vaut la peine d’être lue : elle est locale, gratuite et souvent très concrète.
C’est aussi la raison d’être du module d’alertes et informations de sécurité d’Edgward, 100% gratuit et sans engagement : rassembler ce qui se passe près de chez vous en Suisse romande, y compris les appels à la vigilance des polices et des communes, au lieu de les laisser dispersés.
Et quand le doute ne se résout pas tout seul, il y a un espace entre « ce n’est rien » et « j’appelle la police ». Un véhicule qui stationne depuis trop longtemps, un individu qui sonne aux portes du quartier, une soirée ou un week-end d’absence pendant lesquels vous aimeriez qu’on passe vérifier : vous pouvez commander une intervention depuis l’application. Un agent partenaire certifié se déplace, lève le doute et vous transmet un rapport. Pour une infraction en cours ou une situation menaçante, le réflexe reste le 117.
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